Ferme Ferré Holstein: Dans le champ ou à l’étable, une même recherche de l’excellence
Assurer la même attention aux champs qu’on le fait à l’étable, voilà la philosophie développée à la Ferme H.P. Gagnon et fils inc., de Laterrière, au Saguenay. Clément Gagnon et son fils Philippe forment une équipe hors pair pour relever ce double défi. De l’aveu du père, c’est son fils qui est maintenant le maître d’œuvre. Être aussi précis dans la régie des champs que dans celle du troupeau et atteindre partout de bons niveaux représente, pour Clément Gagnon, « un plus pour l’entreprise ».
À l’étable, l’élevage a commencé en 1970. C’est Raymond, le frère de Clément, après ses études en technologie agricole à La Pocatière, qui a initié ses frères et son père à la Holstein de race pure, notamment par l’introduction du contrôle laitier et de la classification. Les premiers achats de sujets pur sang ont eu lieu en 1970. L’année suivante, voulant grossir le troupeau de 35 à 70 vaches, la ferme acheta 11 sujets, dont 10 taures gestantes. Clément, qui n’avait alors que 15 ans, se souvient qu’il a beau coup été influencé par cette passion de l’élevage transmise par son frère et qu’il a par la suite développée pendant ses études en agronomie à l’Université Laval.
Longévité et production
La philosophie de l’élevage appliquée au troupeau Ferré repose sur la recherche d’une production rentable donnée par des vaches capables de rester longtemps dans le troupeau.
Ainsi, la sélection des taureaux se fait en fonction, non seulement de l’IPV, mais aussi des niveaux de production des composants du lait et évidemment de la confor mation. Ainsi, les taureaux af fichant une cote plutôt basse en conformation seront très peu utilisés. De ces dif fé rents croisements, ce sont ceux par Goldwyn qui ont le plus marqué le troupeau. Selon Clément Gagnon, le trou peau compte une vingtaine de ses filles qui ont été classifiées TB à leur premier veau dans au mois 50 % des cas.
Des résultats de cet élevage, si certaines bêtes présentent des qualités pour l’exposition, la famille les présentera, principalement à Chicoutimi et Saint-Félicien, mais aussi à l’Expo-printemps, à Québec, à l’EIHQ et même à Toronto et Madison quand un animal le justifie.
À l’occasion la ferme Gagnon se permet quelques achats, en ciblant toujours des animaux issus de familles reconnues. Le premier a été fait en 1989 par l'acquisition de Comestar Samanta Chief, EX 15*. Samanta a été première vache adulte à Chicoutimi en 1993. Elle est la mère de 21 filles classifiées BP ou mieux à 100 % et qui ont établi, en équivalence à l’âge adulte, une production de 11 115 kilos pour des MCR de 210-215-211. Aujourd’hui, 50 % du troupeau descend de cette famille.
STBVQ Mandel Karamel, TB-87 1*, est un autre achat impor tant pour le troupeau Ferré. Elle est la mère de quatre filles classifiées à 100 % BP ou mieux, dont Ferre Storm Kara, elle-même mère de 19 filles, dont 7 TB. De ce groupe, Ferre James Kanou, TB-87, a été Championne junior en 2001 et Grande Championne de réserve en 2004 à Chicoutimi.
La famille Gagnon a aussi acquis trois génisses lors de la Vente nationale de printemps de 2007. Il s’agit de Lauduc Goldwyn Matante, TB-89 3 ans, de Beaucoise Dundee Cosette, TB-88 3 ans, et de Legault Goldwyn Felicia, TB- 89 3 ans. Ces trois vaches sont issues de familles reconnues, ont chacune obtenu des résultats intéressants à l’exposition de Chicoutimi et sont maintenant au début de leur carrière de reproductrice. Toutes trois sont mères de deux génisses et suscitent beaucoup d’espoir.
La ferme a aussi acheté, en 2008, Pierstein Redman Superbe, TB-87 2 ans, la sœur propre de Blondin Redman Séisme, TB-89, la vache qui, cette année, a rempor té le titre de Grande Championne Rouge et Blanc à Madison et celui de Championne Suprême à Toronto. Superbe a elle aussi fait parler d’elle en rempor tant, en 2008, le titre de Mention Honorable All-Canadian Rouge et Blanc génisse senior, et en 2009, celui de Championne junior à l’Expo-printemps, de même que la première place de la classe 1 an en lait à Madison et à Toronto et le titre AllAmerican Rouge et Blanc 1 an en lait.
Ces différentes familles de vaches sont mises à profit pour l’amélioration génétique du troupeau, notamment par le transfer t embryonnaire.
Priorité : les génisses
Pour Clément Gagnon, beaucoup d’atten tion doit être donnée à l’élevage des génisses et une pouponnière a été aménagée afin de leur of frir un milieu adéquat. En alimentation, c’est le foin, majoritairement celui de mil, qui occupe la première place. Ainsi, de la naissance jusqu’à l’âge de 12 mois, le foin est le seul fourrage servi. Ce dernier garde aussi toute son impor tance pour la suite de l’élevage, car entre 12 et 18 mois, et entre 18 et 24 mois, il représente respectivement 80 et 50 % de la ration de base. Le suivi, explique Clément Gagnon, est tout aussi impor tant et régulièrement, « on mesure la taille et la stature de chacune des génisses ».
Une présence à l’expo
C’est Clément qui a incité sa famille à faire de l’exposition et sa première par ticipation remonte à 1981. L’expérience fut rapidement stimulante, car dès cette première par ticipation, les éleveurs ramenaient le ruban de Championne junior avec Ferre Admiral Sonia. Pour Clément Gagnon, rempor ter la bannière d’éleveur représentait un objectif majeur. Son rêve a été réalisé une première fois dès 1987. Pour la bannière d’éleveur junior, il a fallu attendre 1991, année de son introduction, pour la gagner. Aujourd’hui, la ferme peut s’enorgueillir d’avoir gagné 28 de ces bannières, tous types confondus.
De remporter pour la première fois, en 2010, le titre de Grande Championne à Chicoutimi a été aussi un moment émouvant pour la famille Gagnon. C’est avec Ferre Goldwyn Suzane, TB-89, que cet honneur a été mérité.
Deux génisses ont aussi fait parler d’elles récemment. Il s’agit de Ferre Shaquille Superbe, une fille de Pierstein Redmann Superbe, et de Guayclair Thouny Debon Caprice, issue d’un embryon acheté. Au cours de la dernière année, Superbe a été deuxième génisse senior du jugement Rouge et Blanc de l’Expo-printemps, première, de même que propriété et élevée de l’EIHQ, de même que deuxième à Toronto, alors que Caprice a été Championne junior de réserve à Chicoutimi et cinquième génisse senior de l’Expo-printemps Rouge et Blanc.
Une visite aux champs
La Ferme H.P. Gagnon et fils inc. possède 400 hectares en culture et la production de céréales représente environ 45 % du revenu de la ferme. C’est Philippe qui en est le grand responsable. La production de fourrages y occupe aussi une place impor tante. Après avoir déjà produit de l’ensilage de maïs, ces éleveurs préfèrent l’ensilage d’herbe à base de luzerne, une plante qui croît très bien dans leur région.
En 2011, la production de fourrage occupera 80 ha, dont 40 pour la production d’ensilage de luzerne et de mil et 40 en foin. Ce dernier repré sente 20 % de la ration des laitières. Quelque 320 ha sont consacrés à la production de céréales. De cette super ficie, 40 ha sont ensemencés en canola alors que le reste est divisé également entre l’avoine, l’orge et le blé pour consommation humaine.
La ferme possède des capacités d’entre posage pour la quasi-totalité de sa récolte. Les grains sont vendus au fur et à mesure des besoins du marché et pour bien en suivre l’évolution, Philippe s’occupe du dossier des grains quotidiennement.
Pour obtenir de tels rendements, la ferme Gagnon ne lésine pas sur les moyens. D’abord, les analyses con ventionnelles sont complétées par des profils de sols, ce qui donne plus d’information sur leur qualité en profondeur. Le labour est aussi privilégié, mais d’autres équipements sont aussi utilisés selon les besoins des sols ou le travail à effectuer. Enfin, la ferme a acquis il y a deux ans, un semoir pneumatique qui assure un travail de grande précision tant pour la préparation du sol, que pour l’application des engrais et la distribution de la semence, et ce, en un seul passage. D’obtenir de tels rendements dans les champs, ce qui assure une meilleure régularité de l’alimentation des animaux, joue un rôle majeur pour la rentabilité de la ferme, de conclure Clément Gagnon.
La Ferme H.P. Gagnon inc
Henri-Paul Gagnon, établi depuis 1935, forme, en 1970, la Ferme H.P. Gagnon et fils inc. avec ses fils Pierre-Maurice et Raymond. À cette époque, l’entreprise était située à La Baie, mais en 1978, pour répondre au besoin d’expansion de l’aluminerie Alcan, la famille Gagnon vend sa ferme avant d’être expropriée et s’installe à Laterrière, sur le site actuel où elle aménage une stabulation libre.
En 1980, après avoir obtenu son baccalauréat en agronomie et avoir travaillé pendant deux ans comme conseiller en production porcine pour la coop, Clément revient à la ferme familiale. Son père lui cède alors 20 % des parts. En 1989, Pierre-Maurice et son père décident de se retirer laissant la place à Raymond et Clément. Quelques années plus tard, soit en 1996, les deux frères décident d’abandonner la stabulation libre et aménagent une étable à stabulation entravée afin de pouvoir mieux développer leur élevage. Après le décès de Raymond, en 2002, Clément rachète les par ts de la succession et exploite seul l’entreprise. Son fils Philippe viendra rapidement le rejoindre. Diplômé en technologie des productions animales de Saint-Hyacinthe depuis l’an 2000, il a travaillé pour la coopérative Nutrinor à titre de conseiller en productions laitière et végétale. En 2005, il travaille à la ferme à temps par tiel et y occupe un emploi à plein temps dès l’année suivante. Depuis 2007, il en est actionnaire et possède maintenant 51 % des par ts. Le père s’occupe toujours de génétique et de la par ticipation aux expositions alors que Philippe voit à la régie du troupeau et des champs.
Le troupeau compte 125 bêtes, dont 70 vaches répar ties en 1 EX, 38 TB, dont plusieurs avec 89 points, et 28 B.P. Elles ont une production moyenne de 10 337 kilos de lait à 4.01 % de gras et 3,34 % de protéines. Pour réaliser tous les travaux, en plus de ses deux actionnaires, la ferme compte sur 2 employés permanents et 2 étudiants à temps par tiel auxquels s’ajoutent 2 ou 3 autres étudiants durant l’été.
Outre leur fils Philippe, Clément Gagnon et son épouse Louise Maltais sont les parents de deux filles, Élise, agronome, conseillère en production laitière à la Coop fédérée, et Andréanne, technicienne en santé animale travaille à la clinique vétérinaire locale.
















